FREDERIC TALGORN :

Retour aux Jeux Olympiques

par Yann Merluzeau



Astérix aux Jeux Olympiques est un rendez-vous important pour les fans de votre musique, que pouvez-vous en dire à un mois de sa sortie ?

Je peux dire que cela a été une très belle aventure tant sur le plan humain que sur le plan artistique.  Le film offrait de magnifiques possibilités d’expression musicales et m’a permis de me laisser aller sur tous les styles musicaux que le film exigeait, que cela soit la comédie bien sûr, mais aussi les grandes envolées lyriques, le suspense, le “Péplum”, l’action intense ou même le carrément bizarre.  Je voulais écrire une partition qui reflète que le film est: une comédie, mais de très grande envergure, aussi énorme que les bataillons du rêve de Brutus.

Combien de semaines auront été nécessaires à l'élaboration complète du score ?

C’est difficile à dire, car je n’ai pas écrit tout d’un bloc en quelques semaines.  Il y a eu d’abord l’écriture des musiques en amont du tournage du film : fanfares pour le stade olympique, ainsi que d’autres musiques de type “source music” pour d’autres scènes dont certaines ont d’ailleurs disparues du montage depuis.  Ensuite, j’ai du attendre que le film soit fini pour commencer l’écriture de tout le reste de la musique, c’est à dire près d’une heure et dix minutes de musique, et pour cela j’ai pu disposer de quelques semaines, mais le montage bougeait beaucoup, le travail était un permanent “stop and go”, donc il est impossible pour moi de savoir maintenant exactement combien de temps tout cela a pris. Ce dont je me souviens, c’est que la Course de Chars, écriture et orchestration, m’a pris près d’une semaine…



Souvenez-vous de quelles scores se composait le temp-track ?

Je crois me souvenir qu’il y avait un mélange de mes propres musiques ainsi que des musiques de Miklos Rosza, John Williams, et peut être d’autres aussi, je ne me souviens plus. 

Y a-t-il eu du travail de réécriture du à des modifications du montage ?

C’est peu de le dire !  Il y a eu des scènes que j’ai du refaire entièrement, d’autres que j’ai du ajuster ici et là, ainsi que de nouvelles scènes qui apparaissaient à l’intérieur de scènes déjà écrites et qu’il fallait donc refondre complètement. Mais tout cela fait partie de mon travail.

Astérix aux Jeux Olympiques pourrait s'avérer être une étape importante pour votre carrière cinématographique.
Avez-vous des attentes particulières par rapport à cette collaboration ou considérez-vous plus simplement qu'il s'agit d'un travail comme un autre, conçu du mieux possible et avec la science de l'écriture qui fait votre réputation ?

En fait, je dirai qu’il s’agit à la fois d’un travail comme un autre car je donne toujours le maximum quelque soit le projet, et d’une expérience exceptionnelle, car les films de cette envergure sont rares en France ; mais exceptionnelle aussi pour deux autres raisons : la première est que ce style de film permet d’explorer des styles très différents à l’intérieur du même discours et la deuxième raison est la proche collaboration avec Frédéric Forestier.  Nous avions la même approche au point de vue musical, les mêmes goûts, et son intelligence musicale lui a permis d’oublier très rapidement le temp track et d’être ouvert aux musiques originales.  Tout ceci m’a permis de m’exprimer avec un sentiment de grande liberté.

Des scènes particulièrement réussies au niveau du score d'Astérix, dont vous êtes fier ?

Bien sur, je souhaite que toutes les scènes que j’ai écrite servent le film du mieux possible, mais il y a quelques scènes dont je suis peut être plus particulièrement content, comme la Course de Chars ou le Test du Coléoptère par exemple…Je parle évidemment des scènes telle qu’elles ont été écrites, car il y a peut être eu des ajustements de montage depuis….





photo : Bruno Calvo / Laurent Pons
© 2007 Les Editions Albert René / Goscinny - Underzo
© 2007 Pathé Renn Production / La Petite Reine / Tri Pictures S.A. / Constantin Film / Sorolla Films / Novo RPI  / TF1 Films Production


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Possédez-vous toujours les partitions de Edge of Sanity et un réenregistrement pourrait-il être concevable (Prague, Munich) ?

J’ai les partitions effectivement, mais pour l’instant il n’y a pas de projet de réenregistrement.

Vous vivez aux Etats-Unis depuis 20 ans, vous faites des films français depuis 2003 : paradoxe provisoire, choix personnel, ou réalité du marché à Los Angeles ?

Comme toujours dans la vie, il y a de multiples causes à un événement particulier, mais celui qui a surtout déclenché mon travail en France, c’est Édouard Dubois.

Il a beaucoup fait pour faire connaître mon travail en France et je lui en suis très reconnaissant.  Quand à la réalité du marché a Los Angeles, comme vous dites, il faut toujours garder à l’esprit que le succès d’un compositeur est indissolublement lié au succès des films pour lesquels il a écrit la musique….


Quand Klaus Badelt remplace Frédéric Talgorn sur Dragon Hunters, ma première réaction (franche) a été celle d'une très grande déception. Est-il difficile de quitter un projet aussi intéressant ?

C’était un projet très intéressant, mais au fil des dernières années il y a eu beaucoup d’autres projets intéressants qui n’ont pu se faire, c’est comme ça.  Dragon Hunters n’a pu se faire pour diverses raisons, notamment des désaccords majeurs avec la production et puis surtout impossibilité pratique par manque de temps, le travail sur Astérix s’étant considérablement prolongé.

Vous deviez enregistrer ce score à Munich, pouvez-vous nous dire comment s'est initiée votre relation avec l'orchestre symphonique de Munich et à l'Allemagne ?

C’est Paramount Pictures qui m’a fait découvrir l’orchestre de Munich, car nous avons enregistré The Temp avec cet orchestre.  Ensuite, les ”Young Indiana Jones Chronicles” furent aussi enregistrés à Munich ainsi que “Monty”, “Across China”, “Heavy Metal”, et d’autres projets comme “Maybach Symphony” ou “Meetings Of Minds”.

Vous travaillez régulièrement sur des oeuvres de concert, est-il toujours aussi difficile de les faire jouer et quels sont vos projets ?

En fait, je n’ai pas a me plaindre car mes oeuvres personnelles ont été jouées sans trop de difficultés, la raison étant que la plupart sont des commandes, pour une occasion, un artiste ou un orchestre particulier et donc sont forcément représentées, au moins une fois.  Cela fait un petit moment que je n’ai écrit une pièce pour le concert, mais j’ai maintenant un projet en vue dont je parlerai en temps voulu.

Jean Marie Sénia a dit de vous "J'aime aussi beaucoup Frédéric Talgorn, qui est un ami, et qui a été complètement rejeté par un certain milieu alors que c'est un musicien de grand talent, d'une grande sensibilité."
Alors que la musique de film reste ancrée dans un carcan lié aux timings, temp track (entre autres), vos oeuvres de concerts, de musique de chambre, ont-elles été un exécutoire, une manière de vous exprimer et (peut-être) de vous surprendre musicalement?

Je ne vois pas a quel “milieu” qui m’aurait “rejeté” (??)  Jean Marie Senia fait référence….
Ceci étant dit et pour répondre a votre question, les musiques que j’écrit pour le concert sont l’expression d’une autre facette de mon univers musical et surprendront plutôt les auditeurs habitués à ce que j’écris pour le cinéma.  Bien que j’admets avoir été aussi surpris moi-même par ce que j’écrivais, c’est arrivé….

Varèse Sarabande vient de ressortir sous forme de coffret la partition de Peyton Place qu evous aviez enregistré en 1999.  Comment et pour quoi Varèse vous avait approché à l'époque ?

C’est Joel McNeely qui a proposé à Robert Townson que je le remplace lorsqu'il n’a pu, pour raison de temps, assurer le projet.

Combien de temps aviez-vous eu pour réenregistrer ces scores (born free, peyton place) ?

Nous avions très peu de temps et il fallait aller très vite, ce qui pouvait parfois être très frustrant….

Que retire t-on d'un travail comme celui ci, est-il fructueux d'étudier les partitions de "géants" de la musique de film comme John Barry ou Franz Waxman ?

Bien sûr, et on se rend compte très souvent que les effets les plus spectaculaires sont souvent réalisés à l’aide de moyens très simples.  Cela est d’ailleurs vrai de tous les arts et il y a fort à apprendre de tout cela.

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